17.07.2011
Le femme de l'homme volage
L'affaire DSK a déchaîné les passions sur tous les fronts, celui de la fidélité dans le couple n'y a pas échappé. Sous l'intitulé Psychologie, le Monde daté du 10 juillet consacrait un article aux "femmes complaisantes envers leur mari volage", et c'est précisément en prenant appui sur l'exemple de la pauvre Anne Sinclair, que débutait l'article en question. Comment fait-elle ? Comment font-elles, toutes ces femmes qui ont connaissance des frasques de leur mari et qui, néanmoins, font le choix de rester en couple avec lui ?
Se succèdent dans cet article diverses explications au fait que certaines femmes tolèrent des époux infidèles. Certaines endosseraient un rôle de mère avec leur mari et ne se limiteraient pas à cet élément pour rester en couple avec lui en tolérant ses actes de petits garçons qui a besoin d'aller voir d'autres femmes pour toujours revenir vers la sienne au final. Des femmes justifieraient cette tolérance envers leur mari en considérant que les hommes ont des besoins sexuels supérieurs, d'autres encore en estimant qu'elles ont conservé quelques kilos à la suite de grossesses qui les rendraient moins désirables qu'avant. Certaines auraient besoin de la rivalité avec d'autres femmes pour aimer un homme.
C'est au dernier paragraphe de l'article que l'on en arrive à évoquer la possibilité d'une femme infidèle. Mais les femmes dont on parle dans l'article en seraient arrivées "à être infidèles à leur tour par vengeance." C'est donc l'homme infidèle qui aurait engendré ce comportement chez elles, fatalement.
Un encart nous rappelle parallèlement que les Français seraient de plus en plus hostiles à l'infidélité, statistiques à l'appui. A en croire cet article, il semblerait que les femmes tolérant des maris volages aient toutes poursuivi une véritable démarche intellectuelle, s'affranchissant de ces comportements présentés comme une fatalité. Celles qui ne toléreraient pas seraient-elles plus primitives dans leurs réactions ? Selon les propos d'une psychologue, ces femmes tolérantes "sont des femmes fortes et non des victimes". Mais quelle proportion parmi les femmes vivant avec un homme qu'elles savent volage a étudié la question sous cette forme ? Est-ce véritablement un choix que de rester ?
Et pas un traitre mot sur des hommes dont la femme serait infidèle, non pas par vengeance mais tout simplement infidèle "la première", comme si cela ne pouvait venir à l'idée de l'auteure de cet article.
L'enjeu n'est pas de discuter l'intérêt, le bien ou le mal de la fidélité, ni la définition même de ce que l'on entend par fidélité. Mais quelle image de la femme d'être cantonnée à ce rôle de femme trompée, contrainte de tolérer un comportement pour lequel elle devrait se justifier en société ? Et quelle image de l'homme réduit à celui d'incorrigible trompeur par nature, dont on ne peut imaginer qu'il souffre ou qu'il tolère lui aussi un jour les frasques de sa femme ?Sous couvert de défense des femmes, les clichés ont la vie dure...
10:39 Publié dans Psychologie de comptoir, Société | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : affaire dsk, femme, homme, volage
12.07.2011
Retour dans la vraie vie
Après plusieurs mois sans écrire, je profite du lancement de la campagne des primaires socialistes pour reprendre ce blog et parler de la vraie vie.
De plus en plus, on entend ça et là parler de vraie vie, des personnes allant jusqu'à revendiquer porter la parole des vrais gens. Il serait intéressant de parvenir à un accord sur une définition de ce que l'on entend par vraie vie, et vrais gens. Jeunes ? Vieux ? Ruraux ? Urbains ? Habitants des cités ? « Provinciaux » ? Salariés du privé ? Fonctionnaires ? En recherche d'emploi ? Riches ? Pauvres ? Classes moyennes ?
A priori, il semblerait que les vrais gens soient défavorisés, ou au minimum moins favorisés que d'autres. Il semblerait également qu'ils soient au contact d'un certain terrain, dont la définition reste à définir. Par déduction, d'autres vivraient alors dans une fausse vie, moins vraie en tout cas, perçue comme moins au contact des réalités.
Mais qu'appelle-t-on une réalité ? La réalité d'un dirigeant d'entreprise est certes différente de celle d'un ouvrier à la chaîne. N'est-elle pas une réalité pour autant ? Par ailleurs, serait-on davantage "vrai" lorsque l'on bénéficie d'une politique sociale ou que l'on la met en application que lorsque l'on contribue à l'élaborer ? Qui sont ces personnes pour juger qu'elles représentent les vrais gens ?
Il est évident que des mondes coexistent au sein d'un même pays, que l'on a plus ou moins conscience des difficultés des uns et des autres selon le point de vue d'où l'on se place, il n'est pas question de le nier. L'enjeu n'est-il pas davantage de mieux les faire communiquer et de les décloisonner ? D'être à même d'entendre les réalités des uns et des autres ? Cette conception opposant la vraie vie à des vies qui le seraient moins n'augure pas d'une vision constructive d'un Etat où l'on souhaiterait voir un véritable projet de société, où l'on ne monterait pas les gens les uns contre les autres mais où, en revanche, l'on définirait la place de chacun.
Un projet politique, quelles que soient les valeurs qui le sous-tendent, consiste à organiser une société dans son ensemble. Cela n'empêche pas de choisir ceux que l'on juge important de soutenir davantage... Pour cela commençons par considérer tout le monde sans dogmatisme et sans mépris : vrais ou faux !
21:01 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vraie vie, société
26.10.2010
De l’accès aux soins à l’accès à la santé
Dans le cadre de son projet pour 2012, le parti socialiste organise en décembre une dernière convention qui portera sur le thème de « l’égalité réelle ». Si l’expression peut a priori sembler stratosphérique, elle représente à mon sens un véritable pas en avant dans la conception de la société portée par les socialistes. L’égalité réelle consiste à ne plus se réfugier derrière l’égalité de droit pour mettre en œuvre des moyens supplémentaires tenant compte des réalités. La santé est un exemple illustratif de cette distinction qui tient en un mot mais qui s’avère fondamentale…
De l’accès aux soins à l’accès à la santé
L’espérance de vie des individus croît dans la plupart des pays développés à l’image de la France où elle s’élève désormais à plus de 80 ans et où l’état de santé de la population, au vu des indicateurs de santé, tend également à s’améliorer. Les progrès réalisés à tous niveaux (conditions de vie, santé publique, thérapeutiques, etc.) ne profitent toutefois pas à tous. Certaines catégories socio-professionnelles peuvent aujourd’hui espérer un nombre d’années en bonne santé sans précédent quand d’autres vivent avec un « risque statistique » du niveau de celui des années 1960. En France, à 35 ans, un homme cadre peut espérer vivre sans limitation fonctionnelle 10 ans de plus qu’un ouvrier. Et ce phénomène s’accroît.
La France, dotée d’un système de soins un temps classé meilleur mondial par l’OMS, génère par ailleurs les inégalités sociales de santé parmi les plus élevées d’Europe. Où ce « french paradox » trouve-t-il son origine ? Les politiques de santé font trop fréquemment l’amalgame entre « soins » et « santé ». Partant de cette confusion, bien souvent, elles traitent de la seule question de l’accès aux soins. Mais ne nous méprenons pas ! Les inégalités les plus criantes ne trouvent pas leur origine dans le seul accès aux soins…
S’il est certes de plus en plus inégalitaire (déremboursements de l’assurance maladie, franchises médicales, frénésie des dépassements d’honoraires, difficile accès aux assurances complémentaires, inégalités géographiques en termes d’offre de soins, …), le soin n’intervient qu’une fois la maladie déclarée. Or, avant même de recourir aux soins, nous n’avons pas tous la même probabilité de tomber malade aujourd’hui. Les déterminants de santé, aussi divers qu’ils soient - conditions de logement, alimentation, pratique d’une activité physique régulière, consommation de toxiques, comportements à risques, conditions de travail, adhésion à des campagnes de prévention… - exercent leur influence sur l’état de santé des individus dès le plus jeune âge. Et bon nombre de ces déterminants sont étroitement liés à l’environnement socio-économique des individus.
Prônant une politique de santé solidaire et réformiste, nous ne pouvons nous contenter de traiter la seule question des soins. Nous devons davantage agir en amont afin de permettre à tout un chacun d’être en bonne santé aussi longtemps que le contexte actuel le permet à certains. Le système français demeure organisé selon une approche curative de la santé majoritairement axée autour de l’hôpital, il est très insuffisant en termes de prévention. Il s’avère en premier lieu nécessaire de le rééquilibrer vers une approche plus préventive.
L’accès à la médecine de premier recours est à cet égard fondamental. C’est elle qui peut permettre l’éducation et la promotion de la santé. Elle intervient dès le plus jeune âge, par exemple par la protection maternelle et infantile (PMI) et la médecine scolaire. Elle joue également un rôle incontournable à travers la médecine du travail et la médecine de ville. Ces professionnels, en plus des soins qu’ils dispensent, exercent avant tout une grande part de leur activité dans le registre de l’éducation à la santé, ils permettent également de prendre en charge les problèmes au plus tôt et préviennent de ce fait des complications.
Cependant, afin de permettre à la médecine de premier recours de jouer pleinement ce rôle, des réformes sont inéluctables. A ce jour, l’offre sur le territoire est très disparate. La répartition géographique des médecins libéraux est de plus en plus inégalitaire, et, au sein des zones dites « surdenses » en médecins, l’accès à des médecins généralistes et spécialistes facturant au tarif de la sécurité sociale – secteur 1- est là encore très variable d’une région à l’autre, les dépassements d’honoraires des médecins exerçant en secteur 2 connaissant par ailleurs une progression régulière.
En premier lieu, il est de notre devoir d’œuvrer pour permettre à chacun de disposer d’un accès à la médecine de proximité. Des exemples étrangers ont démontré l’importance de l’accès à la médecine de première ligne dans la lutte contre les inégalités de santé.
Nous n’avons pas à être fatalistes devant la désertification médicale de régions entières dans lesquelles les populations se voient privées d’accès à la médecine de premier recours. Devant l’échec des mesures incitatives mises en place par certaines collectivités locales (mise à disposition de locaux, bourses d’études en échange d’une installation sur une période minimale, etc.), il s’avère désormais nécessaire de procéder à des mesures plus efficaces, y compris plus contraignantes. La remise en question de la liberté totale d’installation doit être étudiée. Sur le modèle des carrières à points, une durée minimale d’exercice obligatoire en zones déficitaires, par exemple en sortie d’internat, pourrait être instaurée.
Plus largement, c’est en accentuant l’effort porté sur l’ensemble des déterminants de santé que l’on parviendra à juguler le problème grandissant des inégalités sociales de santé. Nous disposons pour cela de nombreux leviers d’actions. Un de ceux-ci consiste à intégrer la prévention des inégalités sociales de santé à chaque politique en lien plus ou moins direct avec les déterminants de santé. Sa place notamment dans l’éducation est fondamentale. Elle permet d’une part de s’adresser simultanément à l’ensemble d’une tranche d’âge, d’autre part de sensibiliser la population aux questions de santé dès le plus jeune âge. A titre d’exemple, des programmes tels que l’éducation à la diététique pourraient être déployés de façon systématique dans les écoles.
00:09 Publié dans Médecine - Santé publique, Parti socialiste | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : égalité réelle, santé, soins, parti socialiste



